Il marchait d'un pas décidé, vers ce qui le rapprochait un peu plus de la mort. Tremblotant, neurones irrités, foie stéatosé de toutes parts, il voulait ce liquide tant convoité qui le mettrait à l'aise encore une fois...non ce n'est pas Nicolas Cage dans Leaving Las Vegas, c'est quelqu'un comme vous et moi.
L'image que beaucoup de gens se font de l'alcoolique est sûrement un des plus grands clichés dans notre société actuelle. Non ce n'est pas nécessairement le clodo sur son banc de parc, non ce n'est pas le mari qui bat sa femme dans des délires alcooliques, non ce n'est pas une personne blessée durement par la vie, non ce n'est pas quelqu'un aux multiples problèmes et non ce n'est pas Nicolas Cage.
Jean n'en a pas lui de problème. Il vient d'une famille aisée, a une vie amoureuse en plein essor, c'est un grand intellectuel, il est méthodique et organisé, autant dans la planification de ses journées que dans la déconstruction de son foie. Il ne boit pas pour oublier, il boit pour vivre. Il ne fuit pas l'émotion, il l'a recherche, il ne se fuit pas, il veut être en contact avec lui-même. Il n'y a pas de colère, il n'y a pas de gestes indécents, il n'y en fait rien du tout à part la grande passivité émotive de Jean.
Vous ne vous rappelez pas ces beuveries d'ados que vous avez peut-être vécues avec votre bande de l'époque. Peut-être étiez-vous juste spectateur dans la foire d'après-match ou encore le plus retenu à votre bal de finissant, mais vous ne pouvez nier les déboires de certains. En fait l'alcoolisme chez les jeunes est un des nouveaux fléaux dont la société doit faire face aujourd'hui, est-ce un problème si récent? En jetant un regard vers l'enivrement des cultures passées nous pouvons certainement déduire que si la consommation de drogues est un phénomène récent, la consommation d'alcool, elle, remonte à nos ancêtres grecs et romains, si notre arbre généalogique remonte aussi loin. Ce qui la rend plus d'actualité est sûrement due au grand pourcentage des accidents de la route causés par l'alcool et à tous ces concours de beuveries adolescentes qui parfois finissent bien mal. L'année précédente, c'est 25% des jeunes de 12 à 19 ans qui déclaraient avait déjà pris plus de 5 consommations au cours de la même soirée cette année-là.
Jean finit son premier verre, cette légère insécurité qui le caractérise vient de s'envoler.
De la prévention est maintenant faite dans les écoles secondaires pour sensibiliser les jeunes à se modérer lors des bals de finissants, les Alcooliques anonymes ont même visité le cégep de Thetford l'instant d'une conférence, ils auraient dû inviter le département des mines, qui à lui seul doit boire plus de liquide en une soirée que le Titanic dans sa coulée.
Parlons de cette rumeur qui veut qu'on ne soigne pas les alcooliques et les fumeurs lors de cancer des poumons et du foie. Si l'alcoolisme et la toxicomanie sont des maladies reconnues, pourquoi donc refuserait'-on des soins à des personnes souffrant de maladies? Le code déontologique du médecin à l'article 47 stipule que tout médecin est en droit de refuser des soins pour des raisons professionnelles et personnelles s'il ne compromet pas la sécurité du patient. Humm, la belle affaire, si la personne est certaine de mourir, on ne compromet alors pas sa sécurité?
Jean finit son deuxième verre, l'émotion prend le dessus, ces pensées commencent à évoquer larmes et rires à la fois. Il se demande s'il sera soigné...
Si le père de Jean était alcoolique, sa dépendance à la boisson était-elle écrite d'avance? Des études sérieuses démontrent qu'il est vraisemblable de le croire. Le père buvant pourrait transmettre un bagage génétique au fils, qui serait prédisposé à boire. La similitude des facteurs de vie comme le milieu social, le stress et l'accès facile à l'alcool sont tous déterminants. Commencer à boire à 14 ans accoutumerait aussi le corps en créant une dépendance psychologique en bas age, faisant miroiter dans l'esprit de l'adolescent l'idée d'une consommation obligatoire pour égailler les soirées.
Le père de Jean ne buvait pas.....Jean se rappelle maintenant ses folles soirées de jeunesse avec Mélanie, picolant avec elle dans les champs...
Boire c'est boire et notre ami ne s'en cache pas. Mais y a-t-il une différence entre le régulier et le buveur excessif ? Le régulier devra subir un sérieux sevrage pour arrêter sa consommation, il sera prédisposé à la cirrhose, à l'hépatite alcoolique, à l'anxiété, aux tremblements. Le buveur excessif sera, lui, prédisposé aux excès de comportement, aux dommages cérébraux, au coma éthylique et à la déshydratation morbide. Comment définir plusieurs comportements en se basant sur un seul problème source. N'est-il pas plus simple de définir cela par ''les personnes qui boivent beaucoup'', que cela soit en une soirée ou en l'accumulation de plusieurs jours?
Jean s'arrête d'écrire, il a dit ce qu'il avait à dire sur sa maladie. Il réalise que l'absence de problème dans sa vie a fini par en créer un bien plus sérieux que tous les problèmes sociaux rassemblés ensemble. Mais il est trop tard pour reculer...trop tard.
(862 mots)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire