lundi 21 novembre 2011

La mort d'un mythe



Qu’y a-t-il de plus fâchant que de s’intéresser à un sujet qui a fasciné le monde à travers les siècles et de voir ce même sujet bafoué et mal exposé au grand écran.

Nous étions mardi soir à Rouyn-Noranda et j’étais prisonnier d’une salle de cinéma bondée pour ce qui allait être les deux heures les plus longues ma vie. Mon but: conclure avec une fille de mines en lui faisant à croire que moi aussi je voulais voir ce film et avec qui j’avais fait la file pendant des heures pour voir cette fausse tragédie à l’eau de rose qui ferait honte à Bela Lugosi.

Franchement avec la promotion et les commérages qui ont suivi la sortie du film, moi qui croyais avoir affaire à un film fantastique, je me suis rendu compte que c’était bien un film d’horreur. L’horreur d’être prit là dans cette salle à voir cette production mal ficelée et complètement hors contexte qui n’a pas réellement de ligne directrice sauf un storyline à la Cendrillon qui ne conclut malheureusement pas.

On était bien loin de la légende du broucalaque (vampire grec) dans les nouvelles de l’Inferniala de Nodier. Un remake de la Morte amoureuse de Théophile Gauthier, ça j’y aurait adhérer. Une adaptation de la nouvelle Le vampire de Polidori, qui est une variante du mythe du vampire qui se veut plutôt être un homme assassinant les femmes pour boire leur sang, pourquoi pas! Après l’épopée du vampire de Sacramento, celle de Peter Kurten appelé le vampire de Dusseldorf ou encore resservez-nous l’histoire d’Albert Fish le vampire de Brooklyn….Un tueur en série cannibale ça fera toujours plus viril qu’un androgyne qui grimpe aux arbres comme une ballerine en collant grimperait le pôle d’or d’un club d’un strip-tease.

À l’époque d’Arnold Paoli, le premier vampire européen, on croyait tellement à ce mythe qu’on déterrait les cadavres pour les décapiter, leurs remplir la bouche d’ail et pour les immoler dans un immense brasier. Même un corps déterré après deux jours de sépulture et n’ayant pas trace de décomposition était considéré comme un vampire. On sait aujourd’hui que la nature des sols pour dans certains cas conserver un corps inerte intact pendant des semaines. Certaines maladies comme la rage, la porphyrie et la tuberculose qui rendait les yeux rouges et qui blanchissait le teint pouvaient aussi laisser croire aux fanatiques que les personnes atteintes étaient des vampires. On prétend même que le paysan chagrin et querelleur va inévitablement se tranforme en vampire.

J’ai été déçu par ce qui c’est fait depuis ces dernières années en film sur les vampires, deux exceptions, 30 jours de nuits et Let the right one in était des classiques. Mais la vérité c’est que depuis l’avènement de Dracula de Francis Ford Coppola en 1992, on étire la sauce à n’en plus finir comme du beurre qu’on étalerait sur une tartine trop grande.

Oubliez Dracula, on la joué et rejoué et rejoué. Depuis celui de Todd Browning en 1931, on a dut en faire 200 adaptions, juste en y pensant vite, on a tout exploité les facettes : Les cicatrices de Dracula, Les cauchemars de Dracula, Les rites sataniques de Dracula, Les vierges de Dracula, Dracula est à Londres, Dracula est sorti de sa tombe, La chauve-souris du diable, Dracula 2000 1-2-3, Les créatures de la nuit…Arrêtez je n’en peux plus, s'il vous plaît de la nouveauté!

Pourquoi ne pas parler du mythe du vampire africain, l’Asambosam, ce terrible animal mythique qui a, dit-on, des crocs d’acier et qui se pend aux branches des arbres attendant ses victimes. Parlez du mythe asiatique et du Nukekubi dont la tête se détache pour assaillir les femmes enceintes. Parlez du Pontialianak, cette femme morte en couche qui revient hanter ses proches et qui se nourrit du sang familial. Attaquez-vous au BrahmarakSacha, ce démon indien friand de sang dont la tête est entourée d’intestins.

Et que dire de Lilith la reine des vampires, mère du péché originel, succube en tête des orgies sanglantes de l’enfer brûlant, on ne l’a abordé qu’une seule fois au cinéma, c’était dans une production des Contes de la crypte en 1996, ça s’intitulait Le bordel de sang.

Tout ça pour dire que salir un mythe millénaire pour servir de toile de fond à une histoire d’amour pour pré-adolescentes me chagrine… Oh la vache! Je suis chagrin et ma mère dit que je suis querelleur, selon le Traité sur les apparitions d’Augustin Calmet, je devrais me transformer en vampire sous peu…

Il marqua dans son testament, avant de m’exposer, décapitez-moi et remplissez-moi la bouche d’ail… s’il vous plaît.
(780 mots)

vendredi 4 novembre 2011

Dans l'ombre des Bacchanales





Je me rappelle la première fois que je suis entré dans un night-club, ça a été une expérience inoubliable pour moi, car je fus projeté dans un monde incroyablement différent de ce que je connaissais alors. Tous ces néons, tous ces reflets, cette musique que j'écoutais la nuit à la radio depuis mes seize ans en direct des discothèques huppées. Cette musique que je n'avais jamais partagée avec la foule, c'était ambiance électrisante avec le DJ qui enflamme la salle bout à bout, morceau par morceau, disque par disque.

La Progressive House descendue du ciel par le génie anglais des DJ Sacha et Digweed. Ce rythme House avec ces basses teintées de Dub qui ont fait vibrer le club Renaissance d'Angleterre des nuits entières. Ce techno de Détroit, père du techno originel, fils d'Atkins et de Derrick May.

Ces filles qui dansent comme les Bacchantes avec la fougue de Lilith. Leurs vêtements étincelants reflétés par ces néons scintillants. La piste de danse pleine à craqué, climatisé un samedi soir d'été. Ces majordomes des boîtes de nuit chics à qui vous lancez les clés de votre voiture sport d'une main en faisant sortir la grande Éliza de l'autre par la porte côté passager. Tout cet argent dépensé et disparu qui a servi à vous payer une partie des plus beaux souvenirs de votre vie.

Pas besoin de voyager quand le voyage est intérieur, pas besoin de paysage tropical quand vous faites partie du décor musical. Pas besoin des Mariachis d'Acapulco quand le trajet pour atteindre le rêve se fait en métro.

Que dire de l'explosion des raves dans l'émergence de la musique électronique des années 90? Une musique qui a drôlement changé depuis les générateurs de signaux et les sons synthétiques des années 50. Que dire de ces endroits inhabituels, fantomatiques, embrumés, gigantesques, où l'esthétique des lieux et l'ambiance sonore riment avec le reflet des processions mythiques de Dionysos?

Que dire de la peach, du spécial K, de la peanut, des méthamphétamines, de la coke des riches et de la coke des pauvres, friandises de la meute vendue par un lugubre marchand de sable dans les toilettes pour hommes, bonbons de la perdition qui vous explosent l'esprit et vous vampirisent le corps.

Que dire de ce sens du mouvement, de cette grâce que certains ont et que d'autre non pas? Que dire de ceux qui dansent et ceux qui ne dansent pas, de ceux qui bougent bien et de ceux qui bougent mal? Que dire de ceux qui aiment le dance? Que dire de ceux qui aiment le Trance? Que dire de ces cages montées sur piloris, de ces flashs aveuglants dignes d'une séance d'hypnose, de ces Sex on the beach fruités à saveur de pêches qui vous titillent le palais comme l'abeille butinant doucement la fleur d'oranger?

Que dire de vivre la nuit pour mourir de jour?


(485 mots)