Dans l'ombre des Bacchanales
Je me rappelle la première fois que je suis entré dans un night-club, ça a été une expérience inoubliable pour moi, car je fus projeté dans un monde incroyablement différent de ce que je connaissais alors. Tous ces néons, tous ces reflets, cette musique que j'écoutais la nuit à la radio depuis mes seize ans en direct des discothèques huppées. Cette musique que je n'avais jamais partagée avec la foule, c'était ambiance électrisante avec le DJ qui enflamme la salle bout à bout, morceau par morceau, disque par disque.
La Progressive House descendue du ciel par le génie anglais des DJ Sacha et Digweed. Ce rythme House avec ces basses teintées de Dub qui ont fait vibrer le club Renaissance d'Angleterre des nuits entières. Ce techno de Détroit, père du techno originel, fils d'Atkins et de Derrick May.
Ces filles qui dansent comme les Bacchantes avec la fougue de Lilith. Leurs vêtements étincelants reflétés par ces néons scintillants. La piste de danse pleine à craqué, climatisé un samedi soir d'été. Ces majordomes des boîtes de nuit chics à qui vous lancez les clés de votre voiture sport d'une main en faisant sortir la grande Éliza de l'autre par la porte côté passager. Tout cet argent dépensé et disparu qui a servi à vous payer une partie des plus beaux souvenirs de votre vie.
Pas besoin de voyager quand le voyage est intérieur, pas besoin de paysage tropical quand vous faites partie du décor musical. Pas besoin des Mariachis d'Acapulco quand le trajet pour atteindre le rêve se fait en métro.
Que dire de l'explosion des raves dans l'émergence de la musique électronique des années 90? Une musique qui a drôlement changé depuis les générateurs de signaux et les sons synthétiques des années 50. Que dire de ces endroits inhabituels, fantomatiques, embrumés, gigantesques, où l'esthétique des lieux et l'ambiance sonore riment avec le reflet des processions mythiques de Dionysos?
Que dire de la peach, du spécial K, de la peanut, des méthamphétamines, de la coke des riches et de la coke des pauvres, friandises de la meute vendue par un lugubre marchand de sable dans les toilettes pour hommes, bonbons de la perdition qui vous explosent l'esprit et vous vampirisent le corps.
Que dire de ce sens du mouvement, de cette grâce que certains ont et que d'autre non pas? Que dire de ceux qui dansent et ceux qui ne dansent pas, de ceux qui bougent bien et de ceux qui bougent mal? Que dire de ceux qui aiment le dance? Que dire de ceux qui aiment le Trance? Que dire de ces cages montées sur piloris, de ces flashs aveuglants dignes d'une séance d'hypnose, de ces Sex on the beach fruités à saveur de pêches qui vous titillent le palais comme l'abeille butinant doucement la fleur d'oranger?
Que dire de vivre la nuit pour mourir de jour?
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